AVRIL 2016

AVRIL 2016

toujours plus haut

Les idées sont les marches d’un escalier sans fin. Un degré appelle le degré supérieur. On ne s’arrête pas longtemps à une pensée : elle appelle toujours la suivante et c’est une fuite permanente. Quelle dérision ! De la philosophie il n’y a de stable que les lieux communs de la sagesse, nécessaires et ennuyeux, et dont je me soucie comme d’une guigne !

le port définitif

Admettre que mon monde intérieur est fini, c'est me résoudre à le remplir uniquement de ce que j’ai définitivement reconnu comme mien. Pourtant chaque jour apporte son motif d’égarement. Tant de choses extérieures m'attirent que je ne sais plus où donner de la tête. Je sais que mon éclectisme est un échec.
Certains comprennent tôt dans la vie combien ce repli sur le monde familier est sage. Est-ce délibéré ? Y ont-ils réfléchi ? Je parle de sagesse, mais y a-t-il des penseurs consacrés qui ont fait l'éloge du fini comme signe de la sagesse ? On peut imaginer que des philosophes de la voie moyenne comme Socrate et Montaigne l'aient fait, mais quand on passe en revue les grandes philosophies du passé, on a l'impression que l’infini et à l'inépuisable sont les horizons inexorables de la pensée.
Aujourd'hui, je parle d'une pensée finie qui soit à la mesure de la durée humaine. Une pensée qui fait sa priorité de trouver une demeure définitive, afin qu'advienne, pas trop tardivement, ce moment où vie et pensée pourront se confondre et se prélasser l’une dans l’autre
Il est légitime à mon âge de chercher le port définitif, c'est-à-dire le lieu virtuel où je me tiendrai apaisé jusqu'à la fin. Je croirai ce moment arrivé quand ma pensée aura investi ce lieu imaginaire. Alors je n'ambitionnerai pas d’être plus que je ne suis, d’être autre que je ne suis. Cet être assumé vivra de lui-même et ses mots seront musique

changer de régime

A chaque période de la vie ses besoins et ses exigences. On ne vit pas à 65 ans comme à 40, ni dans le corps ni dans la tête. On voit pourtant des retraités essayer de reproduire un modèle de vie extérieure très actif (sorties, voyages, etc..), ou se créer des devoirs artificiels pour tuer le temps. Ainsi le monde alentour est-il encombré par l'activité absurde de retraités qui ne savent pas tenir en place. C’est bénéfique, il est vrai, pour le PNB. Je n’ai pas eu de difficulté pour ma part à adopter un régime au ralenti.
Ce qui est vrai pour l’activité extérieure, l’est aussi pour la vie intérieure et ce qui en dépend directement, comme la culture ou l’éthique individuelles. De ce point de vue, j’observe deux tendances contradictoires en moi: me délester peu à peu, qui est raisonnable, ou continuer à accumuler, qui est absurde. Raisonnable dans le premier cas car on se rend plus léger et plus apte à rassembler le soi avant l’ultime voyage. Absurde dans le second car plus le bagage du savoir devient lourd et pléthorique, plus on a du mal à progresser sur la voie de la sagesse.
Pour la cure d’amaigrissement, deux stades successifs : d’abord rassembler, en pleine conscience, le peu d'être qu'il y a en moi, rester jusqu’au bout le maître d’œuvre de cette entreprise. C’est difficile car tout m’invite à penser que la marche vers l’unité du moi, cette unité fût-elle embryonnaire, est perdue d’avanceEt je dois néanmoins continuer à ratisser des indices que la moindre désillusion peut emporter. Puis, deuxième stade, profiter de l’énergie du peu de moi ainsi rassemblé pour me confondre dans le Tout. L’intuition me dicte que la première étape conditionne la seconde, qu’il serait vain de brûler cette étape même si la tentation est forte.

phénoménologie: première approche

Percevoir ce qui se cache derrière les choses, renouveler ma perception des notions fondamentales telles que le temps, l'espace, les éléments matériels. C'était ma curieuse ambition au début de ce blog. Après m'être égaré sur le terrain périlleux de l'ontologie, je réalise, après quelques rapides lectures de vulgarisation sur la phénoménologie, que cette approche philosophique pourrait relancer ma curiosité pour l'ontologie et, plus globalement, pour la métaphysique. J’ai l’impression que la phénoménologie corrige la mauvaise tendance de l'esprit humain à dissocier l'essence des choses, d’une part, de la visée de la conscience pour atteindre cette essence, d’autre part. L'essence est ici postulée, en aucun cas définitivement acquise. La phénoménologie est une forme d'ascèse, le sujet considérant les objets dans la mesure où ils le transcendent.