NOVEMBRE 2014

NOVEMBRE 2014

gymnastique

Une sorte de frénésie me porte à vouloir tout connaître dans les domaines qui m’intéressent actuellement, à savoir la philosophie, la critique littéraire et l’histoire. C’est une impasse et il faut à tout prix éviter les prétentions à l’érudition.
Bien me pénétrer de cette idée que l’étude, pratiquée sans excès, aux heures de pleine lucidité, n’est rien d’autre qu’une gymnastique intellectuelle. Pour ce faire, la philo, et particulièrement celle de Bergson, a beaucoup d’avantages car les thèmes philosophiques qu’il traite se rapporte à mes curiosités intellectuelles du moment. Il n’y a donc aucune raison valable pour que je ne continue pas à l’étudier au petit matin. Quand ce travail de résumé et d’analyse sera terminé, je pourrai en faire une synthèse afin de mieux m’imprégner de sa pensée. Nul besoin pour moi d’aller ensuite étudier ses exégètes ! Le matériau “brut” c’est Bergson, l’humble récepteur c’est moi. Si je devais passer à autre chose après lui, ce serait à un autre philosophe « généraliste » ayant le souci de se faire comprendre de l’honnête homme : Alain? Camus ? La lecture de la critique littéraire, celle de Bachelard en particulier, n’est que subsidiaire : elle s’inscrit plutôt dans une démarche érudite et savante. Trop sophistiqué pour moi. A quoi puis-je désormais prétendre de ce côté, moi qui ai comme priorité l’ordre et la clarté de l’esprit ?
J’ai cependant besoin, à côté de la philosophie, d’une lecture plus ludique et qui satisfasse mon goût de l’histoire vue du côté des hommes. C’est l’objet de la collection de portraits de mon nouveau blogintitulé Portraits du grand siècle , qui a pour objet de présenter une sélection des Lundis de Sainte-Beuve ayant trait à des personnages du XVIIème ayant laissé des mémoires ou des correspondances. Il s’agirait deregrouper les personnages par cercles ou par influences puis de rédiger des synthèses pour chaque groupe en les replaçant dans leur contexte socio-historique. Trop tôt encore pour dire en quoi consistera ce travail d’écriture. Il faut collecter les portraits, les lire, les relire, les caresser comme de précieuses médailles.

retraite radicale

Si je gomme dans ce blog toute forme de négativité, je veux conserver la gravité propre à ma situation. De la réalité sociale, je ne veux conserver presque rien. Seuls m'intéressent notre maison et notre jardin, ce microcosme hautement protecteur, et, au delà de tout, celui qui règne sur ce royaume : T. Le reste ne me concerne plus. Plus d'intérêt, plus d'attrait, une forme de répulsion même, pour la société : une voix intérieure me conseille de m'en détourner.
Et cette voix intérieure ne serait-elle pas celle de la sagesse ? Elle me dit: la retraite ne serait-elle qu'un vain mot ? L'heure n'est-elle pas arrivée de fuir la société afin de mieux t'évader, de ne pas aller chercher là où tu n'es pas, en particulier de ne plus chercher la reconnaissance d’autrui. Il peut paraître paradoxal de parvenir à s'oublier sans faire quelque détour ou s’autoriser quelque distraction dans la société. Ne serais-je pas le siège d'une névrose, qui se manifeste par un déni de tout ce qui fait le sel de la vie pour les autres. Non, tout ça je l’ai voulu de longue date. Ma vie passée me semble une longue préparation à l'extinction sociale que je vis maintenant. Sans cette patiente préparation, je n'aurais pu accéder à la liberté intérieure qui est la mienne ni tisser le cocon dans lequel je la protège.
Une fois que l'on s'est affranchi des préjugés sociaux et du regard des autres, alors il faudrait prolonger le processus de libération en arrêtant d'aller chercher la clé des grandes interrogations dans les livres, chez les grands auteurs. Là encore, la lecture n'a été qu'une interminable préparation et il n'en reste qu'un vice, une manie sans presque plus d'objet, en tout cas sans utilité. Il ne faut plus rien attendre des lectures. Comme pour la musique, il ne peut plus désormais s'agir que d'une distraction, exigeant un effort intellectuel minimal et débouchant sur une forme d'évasion (d'où l'intérêt des romans). Les idées salvatrices, elles, sont en moi, en gestation. Et les connaissances philosophiques ou historiques, ne sont qu'un fardeau, l'érudition une forme d'aliénation. Il me reste quand même, de cette proximité avec les livres, un amour illimité pour le langage écrit.
Alors plus que jamais écrire, non plus pour reformuler ou paraphraser les idées des autres, mais pour laisser parler cette voix intérieure qui ne demande qu'à m'entraîner ici et là-bas. Ici: le monde réel, tout proche, mais encore inexploré, dont mon corps est l’antenne; là bas: l'espace infini où l'esprit se crée des attaches pour s'y retrouver en terre familière le moment venu. Dans les deux cas, un monde tout extérieur, bien éloigné de nos vies étriquées.

construction ...

Mon objectif est de remplacer des études universitaires à distance par un programme à la carte, à construire au fil du temps, de manière buissonnière, en fonction des curiosités et des sources d’intérêt du moment. J’ai tendance à oublier qu’il s’agit dans mon esprit d’une véritable formation, avec ce que cela suppose d’effort, de méthode et d’ascèse, avec un vrai but à terme. Le programme d’étude est délibérément souple et les errements quant au priorités traduisent le souci de bien identifier les thèmes d’étude et les œuvres à lire. Il arrivera un moment où le bien-fondé de mes choix m’apparaîtra avec plus d’évidence; peut-être ne suis-je pas éloigné d’atteindre ce moment.
Mon projet de programme à la date d’aujourd’hui et pour une période que j’estime à 3 ans (la durée d’une licence finalement) figure dans l’illustration à suivre. Il me paraît encore trop vaste et j’aurais à préciser certains point au cours du temps, à sacrifier certaines branches. Ce ne sera possible que si l’objectif final (« acquérir une vision poétique du monde par le moyen de la contemplation objective ») s’affirme comme une nécessité existentielle. Dès aujourd’hui il me faut abandonner les à-côtés, les thèmes subsidiaires, qui, malgré l’agrément qu’ils me procurent, me prennent beaucoup de temps sans concourir à l’objectif principal (comme l’édition des Lundis de Sainte-Beuve sur les mémorialistes du XVIIème). Disons que c’était une velléité, une de plus.

… déconstruction
Un autre jour. Que d’ambition ! Ce n’est pas trois ans qu’il me faudrait pour réaliser ce programme mais dix ! Ce ne serait pas le dénaturer que de mettre en sourdine le volet scientifique, voire le volet philosophique, à seule fin de préserver le volet littéraire et poétique, au centre du schéma et au cœur du projet. Et lui aussi devra se rétrécir pour satisfaire à l’urgence et à la nécessité. Très vite en effet, il ne s’agira plus tant de bien conduire sa pensée que de savoir en faire un bateau ivre.
Mon besoin, le besoin qui me lie, c’est d’écrire. Pour assouvir ce besoin, je paraphrase à ma manière des philosophes et des critiques littéraires, j’attache mon expression à celle des autres, avec l’espoir que les étapes du processus de lecture-écriture sont autant d’échelons du progrès intérieur. Je suis persuadé qu’un esprit ordinaire comme le mien n’a pas d’autre choix que de se mettre dans le pas des grands auteurs pour étendre et affiner sa perception du monde. Je pense que c’est une heureuse disposition que d’avoir à la fois le désir de s’abreuver à leur source et la liberté de les choisir selon mes affinités personnelles. Je n’oserais pas en user de la sorte avec ses propres amis ! Pour l’écriture personnelle, la difficulté sera dans l’avenir de l’enter sur des œuvres purement littéraires et non plus sur des essais comme avec Poulet, Bachelard et Bergson. Il faudra un jour comprendre les poètes et m’immiscer dans leur vie intérieure en me passant de la médiation des critiques littéraires. Pour l’instant, incorrigible bon élève, j’attends d’eux qu’ils m’apprennent une méthode ! Je mets le doigt ici sur une véritable ornière dans mon parcours. Interposer trop d’interprétation et de médiation intellectuelle entre le monde et moi contribue sans doute à me masquer le monde. Les modèles doivent rester les guides d’un moment, des compagnons de route dont il faut s’affranchir un jour ou l’autre. Pourquoi pas le plus vite possible ?
Le moyen d’échapper à toute cette réflexion sur le lien entre lecture et écriture, pourrait être de déconnecter plus franchement encore ce journal, qui se voudrait le témoignage d’un parcours intellectuel et spirituel, des mes notes de lecture sensu stricto. Au fond, ces dernières sont de simples exercices d’écriture et leurs effets sur la vie intérieure sont très indirects. Par la suite, je ne devrais pas tant conditionner mon cheminement propre aux lectures et encore moins à un programme d’étude, tel que je l’ai caricaturalement présenté ci-dessus. Garder le plaisir de lire d’un côté, et d’écrire de l’autre, ceci en toute simplicité. Me laisser guider par mon attrait pour les essais philosophiques et littéraires, toute indirecte que soit leur influence. Le contenu de mon très ambitieux programme, sans son objectif au long terme, reste donc conforme à mes désirs: c’est plutôt un cadre général que je me réserve le droit de faire évoluer à tout moment.