AVRIL 2014

AVRIL 2014

un je à distance

Je ne suis pas certain de limiter ce blog à mes notes de lecture dans les domaines de la critique littéraire, de la philo et de l'histoire. Il faut des pauses, des respirations, et faire sentir de temps en temps mon sentiment personnel. Ces quelques billets sur l'ouvrage de G. Poulet m'ont déjà permis de prendre conscience de ma capacité à écrire de manière disons passable. Puis-je aborder ce nouveau journal avec plus de confiance maintenant que j'ai ressenti le simple plaisir d'écrire ? Sans doute, si j'évite les gémissements de la vie quotidienne et si je perds le réflexe de n'écrire que quand ça ne va pas. Et puis je ne suis pas obligé de me placer en permanence sur les sommets, où l'air est trop raréfié. Quelques impressions de lecture sur des ouvrages faciles feront tout aussi bien l'affaire. Considérer que les lectures constituent une sorte de promenade, dont on peut rendre compte comme de beaucoup d'autres choses.
Plusieurs moyens de reprendre pied dans sa vie intérieure, bons en toutes circonstances: aimer, de près et même de loin; s'inventer des vies imaginaires; transposer la vie présente et passée; s'identifier à la nature, la grande et la petite. Je ne parle pas des divertissements proprement dits, excellents également, surtout s'ils procurent un vrai plaisir.
Ne devrais-je pas d'ailleurs mettre la lecture au rang des simples plaisirs et ne pas lui en demander plus ? Idem pour les voyages, si c'était possible.
Mais les voyages, c'est encore une autre histoire. Je parle des vrais, ceux où il faut se transporter physiquement sur les lieux. J'y pense presque obsessionnellement en ce moment car je m'étonne de ne pas en avoir envie, et je me demande si ce n'est pas un signe de vieillissement. J'ai du mal à m'imaginer ailleurs que dans les quelques environnements qui me sont devenus familiers. J'ai l'impression que j'y traînerais l'ennui avec moi. Impossible de me débarrasser de cette idée, même au cœur d'un hiver abominable où tout le monde a envie de fuir dans quelque contrée ensoleillée du bout du monde.
J'ai un début d'explication. Un faisceau de raisons tenant à mon passé. J'ai souvent voyagé dans ma vie et vécu pendant de longues périodes à l'étranger (dix-huit mois en Algérie, deux ans en Italie, un an aux États-Unis). Pour mon travail je me suis aussi beaucoup déplacé, et ceci dans tous les continents. J'en ai évidemment retiré une foule d'impressions et il me semble qu'à mon âge la priorité serait de permettre à la mémoire de faire son boulot plutôt que d'accumuler d'autres sensations. Cette position est sans doute atypique, la plupart des gens voyageant essentiellement pour se détendre, s'évader du quotidien, et non pas pour ajouter une quelconque signification à leur existence. Mais en privilégiant la mémoire sur l'action, je ne raisonne pas, je constate simplement que le corps résiste. Et la raison que le corps me dicte, presque à mon insu, c'est celle-ci : il faut désormais extraire le suc de l'expérience passée, notamment en matière de voyages. Plutôt qu'accumuler d'autres sensations qui resteront de toute façon lettre morte. Une voix commence à me dire qu'il faut retrouver en soi les impressions passées. Et ce peut être l'un des objectifs de ce journal.
Ces deux derniers billets m'invitent donc à élargir le champ de mon journal. Pour éviter de trop parler à la première personne, j'avais résolu de le consacrer uniquement à mes lectures. Mais je me demande si ce n'est pas trop restrictif car tout est source de réflexion. Je n’exclurai donc de ce journal que les jérémiades au jour le jour et les tribulations sans intérêt de la vie quotidienne. Le je sera assumé, mais il devra bien sur rester à distance.